Publié le 28 mai 2019
Les rails cachés de Kilmar

Au début de la Première Guerre mondiale, les collines autour de Kilmar étaient silencieuses. Quelques fermes éparpillées, beaucoup de forêt, une route poussiéreuse. Et sous la terre — un secret que peu de gens connaissaient encore.
La magnésite, jusqu'alors importée d'Autriche pour quelques applications industrielles mineures, devint soudain stratégique. Les imports européens se sont taris. Le Canada cherchait des alternatives. Et Kilmar avait justement ce qu'il fallait.
Les chiffres racontent la suite mieux que n'importe quel récit : en 1914, on a sorti 358 tonnes de minerai du sol de Kilmar. Trois ans plus tard, en 1917, ce chiffre avait dépassé 58 000 tonnes. Une multiplication par 162 en l'espace d'une guerre.
Mais comment transporter une telle quantité ? Les chevaux n'y suffisaient plus. Les routes cassaient sous le poids. Il fallait construire un chemin de fer — à travers une forêt dense, par-dessus des rivières, dans un terrain que personne n'avait jamais voulu apprivoiser.
En 1916, c'est ce qui fut fait. Une voie étroite serpente à travers vingt kilomètres de nature sauvage, depuis la mine de Kilmar jusqu'à la jonction Magnesite à Marelan, où le minerai était transféré sur le réseau du Canadien Pacifique. On l'appela d'abord la Dominion Timber and Minerals Railway.
Au début, quatre locomotives à vapeur de quinze tonnes hâlaient les wagons. Trente hommes travaillaient sur la ligne. Certains jours, les quatre machines étaient utilisées simultanément pour répondre à la demande. Dans les années 1920, la science a fait avancer les choses : les chercheurs du Conseil national de recherches du Canada créèrent la Magnafrit, une brique réfractaire capable de tirer parti même du minerai de moindre qualité. La mine reprit un second souffle.
En 1933, la consolidation industrielle transforma l'opération en Canadian Refractories Ltd. Le chemin de fer prit alors un nouveau nom : la Canadian Refractories Railway.
En 1951, modernisation : une locomotive diesel-électrique GE de 65 tonnes, 550 chevaux, remplaça les machines à vapeur. Son rugissement résonnait à travers les Laurentides. Elle a fidèlement tiré le minerai jusque dans les années 1970.
Puis, en juillet 1981, la ligne effectua son dernier voyage. Les rails furent démantelés. Les traverses, jetées dans les lacs voisins. Ce qui restait fut récupéré par les pagayeurs, par les amateurs de VTT, par le silence du bois reprenant ses droits.
Aujourd'hui, là où la fonte hurlait, il y a la paix. Les fours sont éteints. La voie est ensevelie sous la mousse. Mais sa trace, elle, demeure — un récit caché dans le paysage, qu'il faut savoir lire.
Marchez le long du corridor de l'ancien chemin de fer, et vous devenez explorateur du temps. Les rails ont disparu. L'histoire, jamais.
Maison Kilmar — Grenville-sur-la-Rouge, Laurentides
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